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Un salaire minimum qui met notre agriculture en danger

22 juin 2026 par
Chambre De Commerce Et D'industrie Du Canton De Fribourg

Par Mathias Delaloye, président de la Chambre valaisanne d'agriculture, membre du Comité NON au salaire minimum valaisan

Le 29 novembre, nous voterons sur l'initiative pour un salaire minimum: 22 francs de l'heure pour tous les salariés du canton. Pour tous? Non. Pour l'agriculture, les initiants prévoient déjà une exception: 18 francs. Ce détail mérite toute notre attention, car il constitue un aveu. Les initiants savent eux-mêmes que leur salaire unique, dicté par la loi, ne fonctionne pas pour nos exploitations.

Mais l'exception ne résout pas le problème, elle ne fait que le déplacer. Même à 18 francs de l'heure, un salaire imposé par l'État, rigide et uniforme, frappe durement nos exploitations familiales. Celui qui récolte les abricots, soigne les vignes ou travaille à l'alpage le sait: l'agriculture vit au rythme des pics saisonniers, de la météo, de marges souvent quasi inexistantes. Une loi rigide ne connaît ni le gel ni la grêle, ni la pression des récoltes ni les prix du marché.

Les conséquences sont prévisibles. Les exploitations qui ne pourront plus se permettre de payer leurs employés vont mécaniser, abandonner des parcelles ou cesser leur activité. Le travail ne disparaît pas, il s'en va: vers d'autres cantons, vers l'étranger, vers les produits d'importation. Au final, les perdants sont précisément ceux que la loi prétend protéger: les saisonniers, les apprentis, les collaborateurs de nos exploitations.

Nos jeunes seraient parmi les premières victimes. Quel signal envoyons-nous à un apprenti agriculteur ou à une apprentie viticultrice, quand un emploi sans qualification rapporte d'emblée le salaire fixé par la loi? Pourquoi terminer trois ans de formation? À Genève, depuis l'introduction du salaire minimum, les jeunes ont vu leurs chances de retrouver un emploi chuter de 11%. Voulons-nous vraiment cela pour notre canton de tradition formatrice?

Or, nous disposons depuis longtemps d'un meilleur système: le partenariat social. Les salaires et les conditions de travail se négocient branche par branche, entre employeurs et employés, adaptés à la réalité de chaque secteur, y compris dans l'agriculture avec son contrat-type de travail. 28 conventions collectives et contrats-types couvrent en Valais la quasi-totalité des branches concernées. Le résultat: 3,1% de chômage dans le canton, 1,3% dans le Haut-Valais, contre plus de 4,5% dans les cantons romands qui ont légiféré. Sans loi. Avec du bon sens.

Le Parlement fédéral a confirmé en mars que les conventions collectives priment sur les salaires minimaux cantonaux. Notre Grand Conseil a rejeté l'initiative par 93 voix contre 33, tout comme le Conseil d'État. En 2014, 80,7% des Valaisannes et des Valaisans ont dit non à un texte pratiquement identique, et Fribourg, canton au profil semblable au nôtre, a rejeté le sien en novembre dernier. Les faits n'ont pas changé.

Vivre dignement de son travail? Évidemment. Une loi qui coûte des emplois et met nos exploitations en danger? Non. C'est pourquoi je voterai non le 29 novembre: pour notre agriculture, pour nos apprentis, pour nos emplois.

Salaire minimum valaisan : derrière la promesse sociale, une fausse bonne idée dangereuse